
Le risque est méconnu, mais un conducteur se trouve bien plus exposé à la pollution automobile dans son habitacle qu'un piéton sur le trottoir. Consciente des enjeux, l'unité 644 de l'Inserm mène, depuis mai 2007, une étude d'envergure commanditée par l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset) afin de quantifier l'exposition des conducteurs et de leurs passagers et de proposer des solutions.
Depuis plusieurs mois, un véhicule utilitaire rempli de capteurs circule quotidiennement à Rouen sur un circuit de 75 km, conçu pour représenter les différents types de relief et de topographie. Chaque seconde, les capteurs placés dans l'habitacle prélèvent le taux de concentration des principaux polluants (ozone, oxydes d'azote, dioxyde de soufre...).
Parallèlement, un GPS enregistre la position du véhicule, et une caméra filme la route en continu. Plus de 3 000 km sur les 5 000 prévus ont ainsi déjà été parcourus, fournissant de premières données préoccupantes.
"Les concentrations atteintes dans l'habitacle sont très fortes, de 3 à 5 fois supérieures à celles de l'extérieur du véhicule !", s'inquiète le coordinateur de l'étude, Jean-Paul Morin. Un conducteur sur le périphérique parisien s'est exposé en 2006 à une pollution moyenne avoisinant 100 µg/m3 de dioxyde d'azote. "Imaginez maintenant une journée sans vent, dans les embouteillages, pare-chocs contre pare-chocs, derrière un véhicule au diesel mal réglé : le pic de concentration peut atteindre 15 000 µg/m3 !" Une concentration extrêmement élevée mais ponctuelle, dont l'impact sur la santé n'a pas encore été précisément évalué.
Deux pistes sont explorées par les chercheurs pour réduire l'exposition des automobilistes. La première consiste à repenser l'évacuation des gaz polluants. Les pots d'échappement pourraient être déplacés sur le côté du véhicule, ou encore être scindés en deux jets antagonistes afin de favoriser la dispersion. La seconde, très prometteuse, repose sur la dépollution de l'habitacle grâce à des matériaux qui absorbent les particules polluantes.
Les premiers systèmes - des filtres à base de charbon actif - sont déjà proposés par Audi ou Ford sur des modèles haut de gamme. Le défi est désormais de sensibiliser les autres constructeurs, notamment français. "Les purificateurs d'air sont le sujet marketing des dix prochaines années", estime M. Morin, qui craint cependant qu'"en l'absence de demande significative des clients et de contrainte réglementaire, les constructeurs ne se pressent pas pour équiper leurs véhicules de dispositifs potentiellement coûteux".
PAS BESOIN DE CHANGER DE VEHICULE POUR RESPIRER MIEUX !
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